Podcast Empreinte Humaine – Épisode avec Caroline Biron, chercheure à l’Université Laval (Québec) et experte internationale en santé mentale au travail.
Alors que les organisations se focalisent souvent sur les chiffres de l’absentéisme, un phénomène beaucoup plus massif et complexe reste dans l’ombre : le présentéisme. Travailler lorsque l’on est en état de santé sous-optimal n’est pas seulement une question de productivité, c’est un signal puissant de la culture de l’entreprise. Dans ce nouvel épisode, Jean-Pierre Brun reçoit Caroline Biron pour lever le voile sur cet « invisible » et explorer comment le Climat de Sécurité Psychosociale (PSC) peut transformer le travail en un véritable facteur de protection.
Qu’est-ce que le présentéisme et pourquoi est-ce plus révélateur que l’absentéisme ? En France, on confond souvent présentéisme et « faire acte de présence » sans travailler. Caroline Biron définit le phénomène de manière scientifique : c’est le fait de travailler avec un état de santé sous-optimal (physique ou mental). Contrairement à l’absentéisme où le salarié est déjà absent, le présentéisme montre l’effort de maintien au poste malgré la maladie. C’est un indicateur plus fin des tensions organisationnelles car il précède souvent l’épuisement total.
Quels sont les 4 profils du présentéisme et lequel est le plus à risque ? Les recherches de Caroline Biron identifient quatre profils distincts selon le croisement de la santé et de la performance :
- Le fonctionnel : Santé altérée mais performance maintenue grâce à un environnement favorable.
- Le dysfonctionnel : Santé et performance sont toutes deux dégradées.
- Le thérapeutique : Le travail sert de refuge ou de moteur de santé (ex: proches aidants).
- Le sur-engagé (over-achieving) : Le profil le plus à risque. Le salarié maintient une haute performance au détriment total de sa santé. Ce profil est le plus susceptible de basculer brutalement vers un absentéisme de longue durée.
Pourquoi le Climat de Sécurité Psychosociale (PSC) est-il la « cause des causes » ? Le PSC désigne la perception partagée des politiques et pratiques visant à protéger la santé psychologique des travailleurs. Caroline Biron le qualifie de « cause des causes » car il se situe en amont des risques psychosociaux. Un PSC fort signifie que la direction accorde autant d’importance à la santé qu’à la productivité. C’est ce climat qui détermine si le présentéisme restera « fonctionnel » ou s’il deviendra destructeur pour l’individu.
Pourquoi la santé mentale est-elle encore le « brocoli dans l’assiette » des dirigeants ?
Malgré les obligations légales, de nombreux dirigeants voient encore la gestion des risques psychosociaux comme le « brocoli dans l’assiette » : ils savent que c’est bon pour l’organisation, mais ce n’est pas ce qu’ils ont envie de traiter en premier. Caroline Biron plaide pour une meilleure littératie des dirigeants afin qu’ils comprennent que la santé mentale n’est pas qu’une affaire d’experts ou de psychologues, mais un enjeu stratégique de gouvernance et de performance durable.
Conclusion : Vers un travail facteur de santé
Le travail peut être un formidable moteur de santé s’il est soutenu par un environnement protecteur. Il est temps pour les organisations de sortir d’une vision binaire « santé vs maladie » pour s’intéresser au continuum de l’engagement et de la sécurité psychosociale.
